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Ma thèse illustrée par PNL (part 2) - Influences de l'entourage

  • Lucile
  • 25 janv.
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 janv.

Après avoir caractérisé les rapports au travail, j’ai cherché à comprendre comment ils se construisent et notamment par qui les jeunes sont influencés. Ici aussi, je ne vais pas présenter l’entièreté des résultats de ma thèse mais il se trouve que deux résultats saillants peuvent s’illustrer par les textes de PNL.

 

Premièrement, le fait que la construction des rapports au travail est principalement influencée par les parents. Plusieurs chercheurs proposent différentes explications à cette importance de l’influence parentale. Tout d’abord le fait que ce sont les personnes issues de la socialisation primaire (pendant l’enfance). Ainsi, les parents sont les « premiers » à transmettre leur « monde » à leurs enfants qui n’ont pas conscience qu’il en existe d’autres (Berger et Luckmann, 2012). Une autre raison, et c’est celle qui est majoritairement évoquée par les jeunes que j’ai interrogés, est que les parents sont souvent considérées comme étant les personnes les plus proches. Ainsi, ils sont principalement influencés par les personnes avec qui ils entretiennent une relation affective et auxquelles ils sont attachés émotionnellement. Les parents étant fondamentaux pour l'individu en termes d’attachement (de Becker, 2011) ils sont donc les plus influents.

 

Ademo et NOS racontent avoir été exclusivement influencés par leur père, un ancien braqueur, qui semble leur avoir appris à s’enrichir à tout prix, quitte à suivre une voie illégale :

 

Sois le meilleur dans le crime ou à l’école, c’est ce que m’a dit Baba

 

D’après Londono Orozco (2006) les enfants vont, dès le plus jeune âge, être influencés par leurs parents simplement en les observant. NOS appuie, dans ses propos, le fait que tous les enfants vont idéaliser leurs parents et vouloir, un jour ou l’autre, exercer le même métier. Il est donc logique qu’il ait voulu faire comme son père :

 

Elevé par un bandit, plus tard je veux faire comme mon papa maitresse

 

Cependant, leur père a fini en prison puis ruiné, ils ont alors voulu le « venger » et obtenir ce qu’il n’a pas eu, finir son œuvre mais aussi lui permettre d’être enfin heureux. Cela ressort également dans les résultats de ma thèse, beaucoup de jeunes expliquent qu’ils veulent, au travail, obtenir ce que leurs parents n’ont pas eu et/ou rendre leurs parents fiers :


Je dois faire le million pour baba

 

Baba, pour ton sourire je donnerai ma vie

 

Je veux le monde, papa veut son île

 

Une autre influence majeure est ressortie de mes résultats, et ressort dans les textes de PNL, l’influence de la société. Les jeunes que j’ai interrogés sont tous très critiques vis-à-vis du fonctionnement de la société dans laquelle ils vivent. Tous pointent du doigt son injustice, qu’ils subissent, ou pas, en fonction du milieu social duquel ils sont issus.

Cette injustice, subie, est également dénoncée chez PNL, de manière plus explicite dans leurs anciens textes :

 

On m’a mis dans le ghetto, tu connais la banane

Pour me faire courir contre des chevaux, on m’a passé un âne

 

De ce fait, plusieurs chercheurs indiquent qu’il faut connaître le contexte sociétal dans lequel une population évolue pour comprendre les rapports qu’elle établit au travail. En France, les jeunes, et plus particulièrement les jeunes femmes et les jeunes issus de milieux sociaux défavorisés se retrouvent particulièrement en difficulté face au marché du travail (Amsellem-Mainguy, Francou et Vuattoux, 2021).

Dans les résultats de ma thèse, j’ai pu relever 3 positionnements des jeunes face à cette « injustice » sociétale. Le fait de vouloir, par son travail, agir sur la société pour l’améliorer. Le fait de vouloir obtenir un emploi qui corresponde à ce que la société valorise pour en obtenir les bénéfices. Le troisième positionnement, qui rejoint celui de PNL, est celui du rejet de la société. Il en ressort une volonté de ne pas participer à son fonctionnement, à ne pas y appartenir même.

 

Effectivement, Ademo et NOS martèlent dans leurs textes, qu’ils ne font pas partie de la société, déjà car ils n’en respectent pas les règles et exercent un travail illégal :

 

Le code pénal sous la semelle

 

Mais ils vont aussi montrer, de manière plus symbolique, que les codes de fonctionnement habituels de la société n’ont pas de sens pour eux. Comme le fait de répondre à la question « tu veux faire quoi plus tard » à laquelle nous avons déjà tous répondu :

 

Le prof m’a dit : tu veux faire quoi plus tard ? QUOI ???

 

Si NOS avait déjà souligné que sa réponse était en décalage total avec ce qui est attendu et accepté, Ademo exprime ici tout son étonnement que l’on puisse lui poser cette question. Pourquoi leur demander ce qu’ils veulent faire plus tard alors qu’ils se pensent condamnés à la délinquance, comme leur père ? Mais aussi : pourquoi faire semblant de s’intéresser à eux alors que la société les méprise et les rejette ?

 

Ils m’aiment pas, ils font semblant

 

En effet, certains chercheurs ont montré que les jeunes qui vivent en banlieue renoncent à construire des projets professionnels par manque de perspective d’avenir (Pialoux, 1979). De plus, ils ressentent qu’ils sont méprisés et rejetés par la société qui les perçoit comme des « sauvages ». Ademo et NOS, plutôt que de « subir » cette étiquetage, décident de le revendiquer :

 

Un sauvage dans la foule

 

Sauvage, un animal au milieu des hommes

 

Si certains jeunes que j’ai interrogés ne voulaient pas se sentir appartenir à la société. Il faut reconnaître que se décrire comme un animal pour se distinguer des êtres humains est un symbole particulièrement fort. Une manière aussi de ne pas seulement subir le rejet en rejetant à son tour :

 

Je me sens pas trop humain

 

Mais nous allons voir que cela est aussi lié au fait que vendre de la drogue, et se décrire comme des animaux, est un refus de se soumettre aux conditions d’existence réservées aux gens de leur milieu social :

 

Fuck les pâtes, fuck la purée

 

Si je finis en cellule c’est que je refuse le F2

 

Le jour de paie, majeur en l’air

 

Dubet (1987) rapportait d’une enquête de terrain que, parmi les jeunes de cité en « galère », certains vont, par la délinquance, trouver un moyen d’obtenir ce qu’ils veulent. Aussi, emprunter la voie de l’illégalité leur permet de réduire le sentiment que la société exerce une domination sur eux. C’est effectivement ce que recherchent Ademo et NOS, ils vont jusqu’à comparer la condition ouvrière (à laquelle ils étaient sinon destinés) à de l’esclavage ou à du dressage d’animaux :

 

Fuck l’esclavage, je revends la blanche à Obama

J’refuse qu’on soit soumis, je sors le gala[1]

 

Animal qu’on ne dresse pas sous la douleur

 

Mettre à genoux qui ? Moi ? Essaie pour voir si c’est possible

 

Pour conclure, ce rejet constant et réciproque de la société les amène à ressentir de la haine. Si, au départ Ademo disait de manière mélancolique « Je sais qu’ils m’aiment pas ». Cette phrase se transformera ensuite par un « J’suis pas là pour être aimé, faudra t’y faire à l’idée » plein de rage et il surenchérit ensuite avec :

 

Je préfère être franc, je vous déteste tous

Un cœur de loup, la laisse m’étouffe

 

Il ressort beaucoup de haine et de souffrance des textes de PNL. Cela car ils sont en conflit permanent, avec la société d’abord, dans laquelle ils ont ressenti qu’ils n’étaient pas aimés et qu’ils étaient rejetés. Ce qui les a amenés à dealer pour ne pas être dominés et subir les conditions d’existence liées aux formes de travail destinées aux habitants des cités (le travail ouvrier, intérimaire etc…). Mais ils sont aussi et surtout en conflit avec eux-mêmes.

Et c’est ce qu’on va voir dans la prochaine et dernière partie, comment la vente de drogue les a amenés à faire l’expérience d’un conflit de valeurs et comment, plus tard, le rap leur a fait vivre un conflit identitaire

 

Pour aller plus loin :

 

Le chapitre 11 de ma thèse qui traite de l’influence familiale et sociétale sur la construction des rapports au travail des jeunes :

Ma thèse accessible en ligne :

  

Berger et Luckmann (2012). La Construction sociale de la réalité (3e éd.). Armand Colin.


de Becker (2011). L’enfant et le conflit de loyauté: une forme de maltraitance psychologique. In Annales Médico-psychologiques, revue psychiatrique 169(6), 339-344.


Londoño Orozco (2006). Le processus de transmission des valeurs chez les jeunes: étude      comparative de trois configurations colombiennes [Thèse de doctorat, Université Rennes-2 Haute-Bretagne]. Archive ouverte HAL.


Amsellem-Mainguy, Francou et Vuattoux (2021). Dégradation des conditions de vie et de logement des 18-24 ans. Crise du Covid-19. (Rapport INJEP n°50). INJEP analyses & synthèses


Pialoux (1979). Jeunes sans avenir et travail intérimaire. Actes de la recherche en sciences sociales26(1), 19-47.


Dubet (1987). La galère: jeunes en survie. Diversité70(1), 20-24.


[1] Gala = arme et blanche = cocaïne

 
 
 

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